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mai 12

Un volcan en marche, “la montagne qui fume” s’énerve!

Posté le 2013-05-12 dans Culture, Phenomènes naturels

Aujourd’hui, j’ai les yeux rouges, secs et qui piquent. Ma gorge également est sèche, je tousse de temps en temps. Mon nez est plein, comme on dit chez moi, d’où un besoin de me moucher assez régulièrement.

Non, je ne suis pas allergique! J’assiste en direct et depuis quelques jours aux symptômes de l’augmentation de l’activité du Popocatépetl, en nahuatl “la montagne qui fume”. Le volcan, dont un article est en préparation avec sa “conjointe” l’Iztaccihuatl, se situe à l’est de la capitale, Mexico DF et à une petite centaine de kilomètres à l’ouest de Tlaxcala. Culminant à plus de 5500 m, c’est le deuxième volcan le plus haut du pays après le Citlaltepec qui touche les 5610 m.

Depuis quelques jours, son activité semble avoir augmenté drastiquement et une pluie de cendres touche le sud et l’est du volcan, tant est si bien que l’état de Mexico a demandé à l’armée de se préparer en cas d’évacuation de certaines communautés (voir l’Universal). A Tlaxcala, le niveau de risque est passé du niveau jaune 3, dernière marche avant de passer à l’alerte rouge (qui compte également trois niveaux, les plus hauts).

Photo du 5 mai dun point de vigilance du Popo

Photo du 5 mai d'un point de vigilance du Popo

Popo le 12 mai, du même point dobservation

Popo le 12 mai, du même point d'observation

Sur ces deux photos, on peut voir le voile qui cache partiellement le volcan et la fumée qui s’échappe de son cratère. Ces derniers jours ont été annoncés des échappements de gaz, de fumées jusqu’à plus de 2500m au dessus du volcan et des jets d’engins incandescents aux alentours du cratère (voir ici le rapport mis à jour deux fois par jour).

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Cette image fait partie de la série de photos que l’on peut voir , disponibles sur le site de l’Universal.

Pour ce qui est de Tlaxcala, je n’ai pas vu le soleil ou le ciel bleu depuis une grosse semaine. Je me suis rendu compte de ce problème notamment lorsque je me trouvais à une vingtaine de kilomètres de la Malinche (qui culmine à plus de 1500 m au dessus de ma tête, à 4420 m au dessus du niveau de la mer) et que je ne la voyais pas.

Voici une photo prise de chez moi. Normalement, on voit très bien les collines à quelques kilomètres et surtout, à cette période de l’année, on voit un très beau ciel bleu au-dessus d’elles. Aujourd’hui, on voit tout gris! On peut deviner le soleil sur les nuages à gauche mais en temps normal, on verrait du bleu autour et surtout, on verrait beaucoup plus de collines.

Les collines de Tizatlan

Les collines de Tizatlan

Je voulais vous partager cette expérience de pluie de cendres sur Tlaxcala. Nous ne sommes pas encore au niveau de l’état de Mexico où ils font face à une couche de cendres sur le sol, mais on l’attend dans quelques jours. Tout ce qu’il y a à faire, c’est attendre et éviter de sortir si l’on est sensible des poumons.

A bientôt!

mai 6

Le 5 mai, la célébration d’une victoire contre les français

Posté le 2013-05-06 dans Culture, Traditions, histoires

Il est 10h du matin dans le centre du Mexique, près de la ville de Puebla, plus précisément dans les environs du fort Guadalupe, la porte d’entrée vers Mexico. Le corps expéditionnaire français arrive et la bataille va s’engager, nous sommes le 5 mai 1862.

Le Mexique, pays qui a acquis son indépendance vis-à-vis de l’Espagne récemment en 1810, est en pleine construction. C’est la guerre civile entre les libéraux et les conservateurs et Benito Juarez, chef des libéraux vient d’être réélu président. L’une des premières décisions de Benito Juarez, aujourd’hui considéré comme le père fondateur de la république mexicaine, est de décider de ne pas payer les dettes extérieures du pays à ses créanciers, les états espagnols, français et anglais. Le jeune état mexicain est en effet étranglé par les dettes suivant sa guerre d’indépendance et la fuite de nombreux entrepreneurs espagnols qui laissèrent l’industrie en plan et par la guerre civile qui fait rage. De plus, les États-Unis lorgnent déjà sur les territoires mexicains du nord et ces derniers nécessitent des liquidités pour se préparer.

Cette décision de Benito Juarez provoque l’ire des pays concernés et les trois puissances du vieux continent décident de venir chercher eux-même l’argent qui leur est dû. L’idée de cette alliance est au départ de prendre le port de Veracruz et le port de Reynosa pour couper les arrivées de toutes sortes de produits, de s’en accaparer et de commercer. Cependant, les mexicains envoient un ennemi politique de Juarez, Dorado, pour négocier et le coup de théâtre se produit, les anglais et les espagnols acceptent les termes de la négociation. Au départ, il n’était question que d’argent, que les créanciers auraient accepté mais aujourd’hui il est connu qu’ils avaient été mis au courant que la récupération de l’argent n’était qu’un prétexte pour les français qui voulaient créer un protectorat pour envoyer des matières premières en métropole et pour contrer les États-Unis. Donc les français se retrouvent seuls face aux mexicains.

L’armée française véhiculait en ces temps une aura d’invincibilité de par ses victoires à Solférino, Magenta et Sébastopol (aujourd’hui, tous des boulevards ou des places…), même si l’on sait que les dernières batailles de Napoléon III ne furent pas un succès. Dès lors, la bataille s’annonçait très déséquilibrée entre les armées professionnelles et aguerries du côté français et le corps militaire mexicain composé de militaires mal payés, de paysans et d’indigènes qui en plus, étaient encore en plein dans une guerre civile. L’arrogance des militaires français (déjà une caractéristique française apparemment!) fait dire au comte de Lorencez, le général, chef d’expédition: “considérez que la bataille est déjà gagnée, le Mexique est à nous”.

La bataille est brève, trois assauts français suffisent à se rendre compte de la supériorité mexicaine, notamment en motivation et en courage. Les techniques de combat des défenseurs de la colline de Guadalupe sont totalement en décalage avec ce que les français espéraient et s’ensuit une déroute cuisante du corps expéditionnaire. Les troupes mexicaines, guidées par le général Zaragoza, l’un des plus grands stratèges militaires mexicain, sont héroïques et provoquent la retraite de “la plus grande armée du monde”.

Ce jour est aujourd’hui commémoré dans de nombreux endroits du Mexique, notamment dans le centre et en ont fait un jour férié. Moins connu dans le nord, cette tradition est néanmoins considéré quasiment comme une fête nationale par les mexicains des États-Unis. A Puebla se déroule un défilé militaire chaque année.

Pour être bien complet sur l’intervention française au Mexique, il faut savoir que la bataille de Puebla n’en était que le début et que malgré la défaite française, Puebla tombera aux mains de Napoléon III l’année suivante, suivi par le Mexique qui deviendra un empire gouverné par Maximilien d’Autriche, installé par l’empereur français. De nombreuses voix s’élèvent aujourd’hui pour rappeler que nombre des militaires du contingent français avait déserté pour les belles plages du golfe du Mexique ou qu’une partie de l’armée avait subi “la purge” comme elle est appelée ici: reçue par un village indigène pour le repos, il lui a été servi un laxatif naturel qui a laissé déshydratée et faiblarde une grande partie des effectifs. Il est sympa de connaître ces faits (qui m’ont été contés hier!), qui font la légende de la bataille de Puebla!

Enfin, alors que beaucoup s’enorgueillissent de cette victoire, il est amusant de voir aujourd’hui une partie de la population de la (jolie) ville de Puebla rappeler (inventer?) qu’elle descend de français, avec une fierté qui fait plaisir à mon cœur de gaulois!

A mon grand regret, je ne peux vous parler de tous les aspects de l’intervention française au Mexique car elle est très riche, bien que brève, mais très intéressante.

Bien conscient que cette “anecdote militaire” n’est que très peu (pas?) évoquée dans les manuels d’histoire de l’éducation nationale, je trouvais intéressant de vous la partager!

A bientôt!

ps: pour toute précision, anecdote ou commentaire si vous voyez une info erronée, n’hésitez pas à commenter!

mai 5

Légion d’honneur pour Carmen Aristegui

Posté le 2013-05-05 dans Culture, Société

Bonjour à tous,

Aujourd’hui, une petite note pour signaler que jeudi, dans la soirée du District Fédéral (la ville de Mexico), la légion d’honneur a été remise à la journaliste mexicaine Carmen Aristegui. Elle fait suite aux différentes légions d’honneur latino-américaines remises à Mario Vargas Llosa, Gabriel García Márquez et aux mexicains Octavio Paz y Carlos Fuentes.

Image Aristeguinoticias.com

Carmen Aristegui est une journaliste mexicaine de 49 ans reconnue dans toute l’Amérique Latine pour ses prises de positions en faveur d’un journalisme libre. Présentatrice télé et radio, elle est présente aujourd’hui sur CNN en espagnol pour le programme d’entretiens “Aristegui” et sur la radio MVS pour les informations matinales de 6h à 10h également télédiffusées sur le canal 52MX.

Elle fait régulièrement l’objet de plaintes de la part des gouvernants mexicains à ses patrons et elle est licenciée de temps en temps ou menacée de licenciement. En 2008, deux ans après l’entrée au pouvoir de Felipe Calderon, son contrat à la radio n’est pas renouvelé, le groupe possédant la radio étant présidé par le beau-frère du président en Amérique. Tous les observateurs sont d’accords sur les pressions mises par le pouvoir sur les dirigeants de la radio pour limiter la liberté de parole de la journaliste.

En février 2011, elle est virée des informations MVS pour ne pas avoir suivi le code d’éthique de la radio. Selon les dirigeants, le fait qu’elle ait demandé une réponse gouvernementale au poster d’un député d’opposition traitant le président d’alcoolique n’était pas correct. Deux jours après, elle fait part de son indignation lors d’une conférence de presse et parle de “caprice présidentiel propre aux dictatures”. Une vague d’opposition à son éviction par le public sur les différents réseaux sociaux ont raison de son licenciement et elle est réintégrée fin février.

Elle est également détentrice de nombreuses récompenses journalistiques nationales et internationales.

Carmen Aristegui représente aux Mexique un journalisme libre de toute pression gouvernementale ou des groupes narcotraficants. Elle est un exemple pour de nombreux jeunes mexicains et si je ne suis pas convaincu du fait que la légion d’honneur soit faite pour les journalistes, c’est un grand honneur pour les mexicains.

Remettre un honneur de ce niveau à une journaliste mexicaine permet de remettre dans son contexte le travail plus que difficile des journalistes ici, régulièrement exécutés, torturés, enlevés, menacés… et où 81 d’entre eux ont été tués dans le cadre de leur travail depuis 2000. Le Mexique est aujourd’hui le pays le plus dangereux du monde pour pratiquer le journalisme d’investigation.

Félicitations à Mme Carmen Aristegui et à tous ses confrères.

avr 2

La “Feria del Maiz”

Posté le 2013-04-02 dans Traditions, Travail

Bonjour,

Un petit article pour vous présenter le premier pas de notre programme de prévention de l’obésité dans une communauté indigène de Tlaxcala.

Comme je vous l’ai déjà dit, le problème de surpoids et d’obésité est très fort au Mexique et particulièrement ici, dans l’état de Tlaxcala dans la municipalité d’Ixtenco.

Nous avons donc profité de la “Feria del Maiz” d’Ixtenco pour venir présenter le programme au public et inaugurer notre logo nouvellement développé à l’aide des étudiants du lycée: “Vive Saludable”. Les habitants sont très contents de pouvoir compter avec un tel programme dans leur communauté et les retours sont très positifs.

Rom

Des enfants intéressés par une vidéo sur les sodas

Des enfants intéressés par une vidéo sur les sodas

A bientôt!!

mar 8

Entretien d’Enrique Peña Nieto sur l’Express

Posté le 2013-03-08 dans Général, Société

Enrique Peña Nieto: “Le Mexique veut retrouver sa place dans le monde”

Propos recueillis par Axel Gyldén, publié le 05/03/2013

“Le président mexicain a accordé à L’Express son premier entretien à un média français depuis le dénouement de l’affaire Cassez. Il y évoque le trafic de drogue qui mine son pays, les perspectives économiques et le couple glamour qu’il forme avec une actrice de telenovelas.

C’est sa première interview à un média français depuis le dénouement de l’affaire Florence Cassez… mais il préférerait parler d’autre chose. “C’est du passé, il faut tourner la page”, insiste l’entourage du nouveau président mexicain, Enrique Peña Nieto, 46 ans, entré en fonction voilà trois mois. Lui veut convaincre son monde que, après une cure d’opposition de douze années, le retour du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI, né de la révolution mexicaine) annonce un nouveau départ.

Viva Mexico? Peut-être. La violence liée au trafic de drogue existe toujours, certes, mais les perspectives économiques sont bonnes. Et le couple qu’il forme avec une très glamour actrice de telenovelas, Angelica Rivera, fait un peu rêver. C’est un début.

Affaire Florence Cassez” mise à part, le Mexique a toujours exercé une fascination sur la France et le reste du monde, sans doute en raison de son extrême complexité. Comment définiriez-vous votre indéchiffrable pays?

Il est le résultat d’un métissage entre le peuple originel de la région méso-américaine et les Espagnols, et avec, dans une petite mesure, des populations venues d’Afrique. Avant tout, c’est un pays qui jouit d’une richesse culturelle extraordinaire. En Amérique latine, il est celui qui possède le plus grand nombre de sites classés au Patrimoine mondial par l’Unesco -plus de 30-, qu’il s’agisse de vestiges préhispaniques (Palenque, Chichen Itza, Teotihuacan, etc.) ou de l’héritage architectural de l’Empire espagnol (Mexico, Guanajuato, Zacatecas, Guadalajara, etc.). Actuellement, la littérature, le cinéma et les telenovelas sont la vitrine du Mexique à l’étranger. En Amérique latine en particulier, il est difficile d’échapper à la puissance culturelle mexicaine, à commencer par les séries télévisées, qui sont diffusées presque partout.

Au XXe siècle, le Mexique -dont la révolution a précédé la russe et la cubaine- était admiré pour sa vie intellectuelle et son histoire politique. Aujourd’hui, le Brésil exerce le leadership régional. Que s’est-il passé?

Tout d’abord, je tiens à dire que le Mexique n’est animé par aucun esprit de rivalité avec les autres nations. Au contraire, nous recherchons la fraternité, la cordialité et la bonne entente. Mais, c’est évident, le Mexique a perdu son leadership historique, faute d’avoir su capitaliser sur ses forces et ses atouts. Au cours des douze dernières années [pendant lesquelles la droite conservatrice était au pouvoir], la croissance a été très faible, en tout cas bien en deçà de son potentiel. D’autres pays en ont indiscutablement profité. Or le leadership international se gagne d’abord sur la scène nationale, en interne. La politique de mon gouvernement a justement pour finalité de regagner le terrain perdu. Et cela, grâce à cinq grands objectifs: accélérer la croissance, réduire la pauvreté, lutter plus efficacement contre la violence, moderniser les institutions et, enfin, dernier point, rendre au Mexique sa place sur la scène internationale.

Alors que le Mercosur (Bolivie, Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay) paraît moribond, l’année 2012 a vu naître l’Alliance du Pacifique (Chili, Colombie, Mexique, Pérou). Dans quel sens la géopolitique latino évolue-t-elle?

En dépit des affinités de ses pays fondateurs, la “Alianza del Pacifico” n’a pas de caractère politique ni idéologique. C’est une alliance économique: ensemble, nos quatre pays représentent 35% du PIB de l’Amérique latine. Non seulement nous voulons promouvoir le libre-échange entre nos nations, mais, de plus, nous regardons vers la région Asie-Pacifique, dont la croissance suscite évidemment notre intérêt. La dynamique est déjà en marche: plusieurs pays d’Amérique du Sud et centrale ont déjà manifesté leur envie de s’associer à nous.

De fait, une nouvelle expression est en vogue chez certains économistes: le Memo, ou Mexico’s moment, le “moment du Mexique”. Des banques telles que la Barclays ou Nomura estiment que l’économie du Mexique pourrait dépasser celle du Brésil dès 2022. Est-ce réaliste?

D’abord, il est encourageant de voir que des analystes étrangers nous prédisent un avenir radieux. Il est vrai que nous possédons des atouts. Par exemple, nous avons la chance d’avoir préservé un vrai tissu industriel. Cela dit, nous devons nous débarrasser, dans un premier temps, d’une certaine inertie qui règne dans notre pays. Notre programme économique prévoit d’élargir l’accès au crédit, d’encourager la concurrence, de lancer une banque de développement, de stimuler la productivité. Le nouvel Institut national de l’entrepreneur servira, quant à lui, à aider les petites et moyennes entreprises. Ce n’est pas tout. Nous devons aussi réussir notre réforme de l’éducation, afin que notre capital humain soit bien formé et présente un avantage comparatif indiscutable. Tout cela est possible. Tout cela est réaliste. Nous y arriverons.

La modernisation de la compagnie pétrolière nationale Pemex passe-t-elle par une privatisation, même partielle?

Ni “partielle” ni totale! Pemex demeurera une entreprise nationale dirigée par l’Etat. Toutefois nous devons trouver des mécanismes qui permettront son développement dans les domaines de l’exploration, du raffinage, de la production. Cela suppose de conclure des accords avec des partenaires privés. Pour des raisons historiques, toute réforme énergétique touche une corde sensible chez les Mexicains (1). Mais, si nous expliquons la situation avec clarté, nous obtiendrons l’appui de l’opinion.

En 1910, au début de la révolution mexicaine, 830 propriétaires terriens possédaient 97% des terres agricoles et employaient 3 millions d’ouvriers agricoles. Aujourd’hui, l’homme le plus riche du monde est [le Mexicain] Carlos Slim et 1 habitant sur 2 vit sous le seuil de pauvreté. Rien ne change…

Au Mexique, comme dans le reste de l’Amérique latine, il y a une donnée constante: l’inégalité sociale. Peu de gens possèdent beaucoup et beaucoup de gens possèdent peu. La meilleure manière de changer cette situation consiste à engendrer de la richesse et à créer des mécanismes qui assurent une meilleure répartition. Le système de Sécurité sociale universelle que nous proposons tend vers cet objectif. Notre “croisade nationale contre la faim”, quant à elle, a pour but de sortir de leur condition les 7,5 millions de Mexicains qui souffrent de sous-alimentation. Si nous inversons la tendance et si nous engendrons davantage de croissance, alors nous créerons un cercle vertueux. Et nous résorberons la criminalité, qui trouve son origine dans la pauvreté.

Plus de 60 000 Mexicains ont perdu la vie dans la “guerre contre la drogue” depuis six ans. Comment stopper le massacre?

Notre politique de sécurité mettra l’accent sur la prévention. S’intéresser aux causes de la criminalité est un préalable: manque de travail, manque d’éducation, manque de santé, bref manque d’un environnement vivable. Ensuite, il faut améliorer la coordination entre les différents niveaux de gouvernement: fédéral, régional, communal. Il faut renforcer la capacité d’action des policiers, notamment en améliorant leur formation.

Quel rôle doivent jouer les militaires?

Voilà sept ans, ils avaient été mobilisés en urgence afin de lutter contre la grande criminalité dans un contexte d’affaiblissement de l’Etat. Pour l’instant, l’armée reste déployée sur le terrain. Dans six ou huit mois, nous ferons une première évaluation de la situation. Ultérieurement, à mesure que la violence diminuera et que la police se professionnalisera, les militaires réintégreront les casernes.

Des associations de droits de l’homme signalent que, souvent, des militaires s’en prennent injustement à la population et pratiquent des actes de torture…

C’est inacceptable. J’ai donné des instructions aux organes de la Défense nationale afin que cela cesse. Une bonne nouvelle: le président de la commission des Droits de l’homme m’a signalé que les plaintes contre des militaires accusés de violation des droits humains diminuent significativement.

Quel rôle peuvent jouer les Etats-Unis?

Des trafiquants de drogues capturés par l'armée en octobre 2012. En six ans, plus de 60 000 Mexicains ont perdu la vie à cause du trafic.

Des trafiquants de drogues capturés par l’armée en octobre 2012. En six ans, plus de 60 000 Mexicains ont perdu la vie à cause du trafic.
Reuters/Semar/Handout

D’abord, nous souhaitons que Washington restreigne les ventes d’armes, car beaucoup de fusils d’assaut vendus au nord du Rio Grande se retrouvent au Mexique dans les mains des narcotrafiquants. Ensuite, dans la mesure où la demande de drogue se maintient dans les pays consommateurs, la solution au problème du narcotrafic ne peut pas échoir seulement au Mexique et aux autres pays de production ou de transit de la drogue. Pour ma part, je suis défavorable à la légalisation de la consommation de drogue. Mais, dans la mesure où deux Etats américains -le Colorado et l’Etat de Washington- viennent de le faire, je pense qu’un large débat va s’ouvrir. Cela entraînera sans doute des évolutions dans la façon d’aborder la question au niveau international.

Venons-en à la justice mexicaine. L’”affaire Florence Cassez” est close. Quelles leçons en tirez-vous?

C’est un sujet sans aucun doute polémique, qui a laissé un arrière-goût désagréable à beaucoup de Mexicains: ils ont eu la sensation que l’on libérait quelqu’un de présumé coupable. Cela dit, la Cour suprême a pris une décision qui s’appuie sur le droit. Elle souligne le principe selon lequel tout citoyen doit bénéficier d’un procès équitable. Maintenant, l’Etat mexicain doit en tirer les enseignements, procéder à des adaptations de son système judiciaire et réfléchir à la meilleure manière de juger les présumés coupables [car la procédure est régie par la présomption de culpabilité, et non d'innocence].

De très nombreux Mexicains estiment qu’il n’y a pas de justice dans leur pays: on n’y pratique ni procès oral avec des plaidoiries, ni confrontation entre témoins, ni rencontre entre le prévenu et ses juges, qui se prononcent sur la base d’un dossier écrit, souvent “fabriqué”, dit-on, par la police. Comment entendez-vous substituer la justice à l’injustice?

Notre nouveau “système de justice pénal accusatoire” [les avocats plaident lors d'audiences publiques, comme en France] représente un tournant dans l’histoire judiciaire de notre pays. Trois Etats l’expérimentent actuellement. L’étendre au reste du pays prendra du temps.

Ne craignez-vous pas que la délicate “affaire Montiel contre Versini” devienne une seconde “affaire Cassez”?

Cette affaire n’implique aucunement le gouvernement. Elle relève de la sphère privée et doit être traitée par les instances judiciaires de mon pays.

Mais il s’agit d’un ex-homme politique de votre parti, qui a quasiment kidnappé ses enfants et les a soustraits à leur mère!

Ecoutez, je ne suis pas en mesure de prendre parti ni de départager qui a raison et qui a tort. Je le répète: cette affaire relève de la sphère privée, d’une part, et de la justice, d’autre part.

Alors, parlons d’un mariage plus réussi: le vôtre… avec l’actrice de telenovelas Angelica Rivera, qui est quasiment plus célèbre que vous!

Enrique Peña Nieto, alors gouverneur de l'Etat de Mexico, a épousé en 2010 Angelica Rivera, une célèbre actrice de télévision.

Enrique Peña Nieto, alors gouverneur de l’Etat de Mexico, a épousé en 2010 Angelica Rivera, une célèbre actrice de télévision.

Reuters/Henry Romero

Je ne lui dispute pas sa célébrité. Au contraire, cela me réjouit. Pour le moment, elle a décidé de mettre sa carrière entre parenthèses. Elle jugeait son activité peu compatible avec le statut de “première dame”. Cela dit, elle reprendra peut-être les tournages après la fin de mon mandat. A elle de décider. Pour l’heure, elle s’engage à fond dans l’action sociale auprès de familles défavorisées. Et elle me soutient, ce qui est précieux. Chaque fois qu’elle peut mettre son visage et sa notoriété au service de l’action sociale gouvernementale, elle le fait.

Président d’un pays laïque, vous n’hésitez pas à afficher votre catholicisme. Aimeriez-vous que le prochain pape soit latino-américain?

S’il était mexicain, tous les Mexicains et tous les Latinos seraient sans doute enchantés. Cependant, en tant que chef d’Etat, je n’ai pas d’avis sur la question. Et, à titre personnel, je fais confiance aux cardinaux pour que, lors du conclave, ils prennent la plus sage des décisions.

(1) Devenue une entreprise d’Etat en 1938, la Pemex est le symbole du nationalisme mexicain et de l’idée d’un Etat fort ; stratégique pour le Mexique, le pétrole représente 2% du produit intérieur brut, 8% des exportations et, surtout, 40% du budget de l’Etat. Les syndicats sont historiquement opposés à toute participation du secteur privé dans ce domaine.

Enrique Peña Nieto en 6 dates

1966 Naissance à Atlacomulco, près de Mexico

1984 Adhésion au Parti révolutionnaire institutionnel (PRI)

1994 Mariage avec sa première épouse, décédée en 2007

2005 Elu gouverneur de l’Etat de Mexico

2010 Mariage avec l’actrice Angelica Rivera

2012 Election à la présidence de la République (1er juillet) et prise de fonctions (1er décembre).”

Pour ce que je peux retenir de cette entrevue, on n’y apprend que peu de choses et les réponses semblent formatées. Rien sur la corruption des politiques et de la police, sur l’élection présidentielle plus que douteuse, sur l’état actuel du Mexique ou sur le passé sulfureux du PRI, son parti politique mais une sur l’affaire Montiel (privée, rien à voir avec Cassez), une sur le Pape et une sur sa femme…

Qu’en pensez-vous?

A bientôt sur RRSM!

jan 24

F. Cassez libérée pour vice de procédure

Posté le 2013-01-24 dans Général, Société

Bonjour,

Comment tenir un blog sur le Mexique et ne pas parler du clap de fin de cette affaire? J’avais intentionnellement évité de parler du Cas Cassez au vu des zones d’ombres et des contradictions de chaque côté et parce que je n’avais pas d’avis tranché, malgré les nombreuses fois que l’on m’a demandé m’ont avis ici, dans mes cercles de connaissances.

Lorsque l’on regarde les différentes enquêtes faites par les journalistes, puisque la police n’a pas fait grand chose en dehors de torturer des “témoins”, il existe en effet de nombreuses zones d’ombres sur cette affaire et sur les personnes impliquées dans les différents enlèvements. Ce qui nous empêche finalement de savoir réellement ce qui s’est passé et qui seraient les véritables coupables.

Genaro Garcia-Luna, le responsable de l’AFI, l’agence qui a procédé à cette arrestation et à nombreuses autres affaires toutes aussi fumeuses, est attendu par de nombreux mexicains pour répondre de son acharnement à faire accuser la française par des faux témoins au lieu d’avoir effectué une investigation en bonne et due forme. Felipe Calderon, l’ancien président et protecteur du précédent devra également répondre de ces actes, entre les (honteuses) conférences qu’il donnera à Harvard sur la demande et la rémunération du doyen de l’université.

Que faut-il retenir de cette libération? Pour ma part, j’espère que ce jugement pour vice de forme (le plus important étant d’avoir annoncé un flagrant délit sur Televisa, suivant l’opération d’arrestation “en direct” alors que les accusés avaient été arrêtés plus de 5h auparavant, qu’aucun des droits des accusés n’a été suivi et surtout pas le fait de recevoir l’assistance consulaire obligatoire pour tout étranger) pourra être le point de départ de nombreuses révisions de jugements de mexicains innocents et incarcérés pour de simples règlements de compte. Si ceci entraîne cela, alors la justice mexicaine y aura gagné. On peut toujours espérer…

Bon retour à elle dans notre cher pays et le mieux, pour nous français du Mexique, ce serait qu’on  l’oublie, mais comme je l’ai déjà dit, on peut toujours espérer…

A bientôt pour un nouvel article!

Pour plus d’infos, suivre ce lien vers un article du journal Nexos, traduit par Courrier International: ici

Et le sentiment de nombreux mexicains résumé dans ce dessin:

Dessin cassez dominguez

Ecoutez licencié (nom donné à ceux qui possèdent une licence). Mon client dit qu’ils l’ont torturé, qu’ils lui ont inventé des délits et qu’ils ont fabriqué des preuves. Et qu’il n’a pas eu de traducteur…

Pardon mais, de quelle partie de France vient votre client?

De France? Non, il est d’ici, vers Paracho (dans l’état de Michoacan)…

Ah ben dites à votre client qu’il est bien niqué…

jan 17

Entrevue du Prix National des Droits de l’Homme 2012, Alejandro Solalinde

Posté le 2013-01-17 dans Culture, Société

Bonjour à tous,

Aujourd’hui, je prends plaisir à reproduire une entrevue, parue dans le Playboy mexicain, avec le père Solalinde, prix national des droits de l’homme 2012, remis par le nouveau président de la république, Enrique Peña Nieto.

Cet échange est très enrichissant pour apprendre à connaître le pays et le point de vue d’un homme qui a dû partir pour rester vivant, avant de pouvoir revenir au Mexique. Un avis acéré sur son pays, son institution et des passages peu conventionnels.

Profitez-en. C’est un article d’Arturo Flores avec les photos de Miguel Angel Manrique.

“Reconnu promoteur des droits des migrants, Alejandro Solalinde reçut ce prix du président Enrique Peña Nieto et du médiateur de la république Raul Plascencia. A la tête du refuge Hermanos del Camino (Frères du Chemin), où il recueille les voyageurs centro-américains qui se trouvent en situation de passage par le Mexique, ce personnage a dû abandonner le pays pour cette œuvre et ses déclarations incendiaires. Au-dessus de sa tête pendent plusieurs menaces de mort de la part du crime organisé.

Mais à l’intérieur du philanthrope existe un homme qui reconnaît sans remord ne pas être célibataire. Qui a été avec une femme, une expérience qu’il qualifie comme un miracle et qui l’a aidé à s’humaniser. Enfin, il n’a pas peur, et alors qu’il est sous protection à vie, il sait que quand ils voudront l’assassiner, ils le feront. Mais même ainsi, il ne cessera d’être un prêtre rebelle.

Père, ou vous avez une vie agitée ou vos collègues se sentent très bien dans leurs paroisses.

A ça ! Au mieux ce sont les deux ! Je ne suis pas le seul mais j’ai une vie très agitée parce que la messe représente beaucoup et les ouvriers peu. J’angoisse de voir tant de nécessité.

D’où vous viens cet engagement pour faire de la foi un travail plus de terrain que de bureau ?

Toute ma vie sacerdotale, j’ai été un rebelle. Jusqu’à aujourd’hui, je ne suis pas le conventionnel. J’ai tracé ma propre route. Je suis passé par le séminaire, ensuite je suis allé chez les Carmélites mais pour être comme j’étais, pour concevoir la liberté comme je la conçois, elles m’ont viré ! Je ne rentrais pas dans le moule. Les Carmélites sont excellentes mais moi, je ne rentrais pas dans un système tout fait. Donc je me suis inscrit à un système plus ouvert, un institut séculier, mais cela ne m’a pas plu non plus. Donc j’ai opté, avec d’autres séminaristes, pour vivre une expérience à part : je suis parti vivre dans un quartier de la colonia Portales (ndlr : un quartier populaire de Mexico city) et j’ai commencé à avoir un rapprochement avec les gens qui travaillaient, des classes moyenne ou basse. Là-bas j’ai appris à être un séminariste différent et après à être un prêtre particulier. Le problème est arrivé quand ils m’ont ordonné. Académiquement, j’assistais aux cours de l’Institut Supérieur d’Etudes Ecclésiastiques du Cardinal Miguel Dario Miranda mais quand les autres élèves partaient dans leurs communautés, vers leur vie sûre, moi je me soumettais au risque de la rue, avec les laïques, les gens normaux (rires). Mais je me suis demandé : « Mais comment vont-ils m’ordonner ? Quel évêque va me recommander ? » Et un miracle est arrivé. Un préposé venu de Rome a promu mon ordonnance. Ce jour-là il y a eu du rock and roll, des mariachis, j’ai dansé jusqu’à m’épuiser et à me faire mal à la mâchoire de tant rire.  Dieu a donné son accord à mon chemin et je ne me propose pas comme paradigme celui que tous doivent suivre, jamais, parce que sinon cela se transforme en dogme et la vie n’est pas un dogme. La vie est fraîche et va en se construisant et il n’y a pas à « s’ajuster aux équerres des autres ». Je me suis rebellé contre ça. Je ne voulais pas d’une vie tranquille parce qu’enfant on a toujours été pauvre dans ma famille. Une fois ordonné, ils m’ont envoyé vivre à La Herradura (ndlr : un quartier riche de l’Etat de Mexico).  Oh putain !, comment j’allais supporter la vie avec que du petit riche.

Et comment l’ont pris les petits riches ?

C’est là qu’ont commencé les problèmes parce que tous les dimanches allait à la messe la Doña Chole Avila Camacho (ndlr : veuve d’un ex-président du Mexique) et comme l’évangile doit être appliqué, je l’ai appliqué à son cas. Il s’agissait de la parabole du riche (ndlr : nommé Epulon dans les pays hispanophones) et de Lazare. J’ai donc dit : « Doña Chole est comme le riche Epulon et le pauvre, c’est Palosolo », un quartier très pauvre voisin de La Herradura. Ils m’ont viré de l’église et m’ont envoyé à San Isidro, une zone très pauvre. Donc Dieu sait exaucer ! Ma majeure rébellion a été de ne pas suivre les rails et de chercher mon propre chemin, être l’église à ma propre manière. Je suis très heureux, j’ai tiré le gros lot avec ces gens-là. Au-delà de ne juger personne, parce que Jésus n’est pas venu pour juger, il s’agit d’accepter les personnes comme elles sont. Ensuite, je me suis retrouvé dans le diocèse  de Toluca, j’ai refusé de vivre dans une église et j’ai pris un petit appartement où je recevais les gens.

Vous êtes un prêtre qui refusait de vivre dans une église ?

Oui, à cause des structures et des stéréotypes. Cela était inutile pour toucher les nouvelles générations.

Père, beaucoup de choses que vous dites me marquent. Un prêtre qui dit que la vie n’est pas un dogme ?

Non, la vie survient. Je vais te raconter quelque chose de merveilleux. Je crois beaucoup en notre condition humaine, j’adore être un humain, faillible, défectueux, j’adore faire des erreurs, être limité, me tromper. Durant ces années, j’ai appris quelque chose. J’avais 32 ans. Donc, je parle avec Dieu comme je parle avec toi. J’aborde tous les sujets, même le sexe. Je ne m’interdis rien. Je lui disais : « j’ai aujourd’hui 4 ans de prêtrise et je n’ai jamais eu de relation avec une femme. Je ne sais pas ce que c’est. Je suis célibataire par obligation parce que si je ne l’avais pas été, je n’aurais pas été ordonné mais… Comment vais-je comprendre un couple ou les femmes si je ne connais rien de tout ça ? » Et le miracle est arrivé sans même le chercher ! Dans les jeunes avec qui je travaillais, cela s’est passé… Je l’ai découvert et ça a été merveilleux, j’ai découvert une dimension incroyable qui m’a fait sentir plus être humain, plus homme. Et j’étais loin de ressentir de la culpabilité ! Je ne me suis même pas confessé ! J’ai remercié Dieu et je me promenais comme un gamin avec son nouveau jouet parce que j’ai découvert la femme telle qu’elle est et elle m’a découvert tel que je suis. J’étais à un croisement, continuer mon chemin ou laisser le sacerdoce et me marier. Elle, elle était très amoureuse mais moi je l’aimais beaucoup,  seulement. Donc ma vocation a été plus forte. J’ai décidé continuer avec les gens, avec les pauvres et d’être prêtre. Aujourd’hui je suis célibataire. Aujourd’hui (rires).

Cela ne vous pose aucun problème de me raconter que vous avez été avec une femme ?

Non parce que quand ils m’ont ordonné j’étais célibataire. J’ai fait tout ce qu’ils m’ont demandé, même si je me retenais. J’ai été fidèle à Dieu mais après, j’ai pu m’humaniser. Ce n’est pas possible qu’en tant que prêtre j’essaie d’orienter des jeunes qui me parlent de sexe tout en étant dans les nuages. Je ne dis pas que tous les séminaristes devraient passer par là comme moi, mais personnellement, ça a porté ses fruits. Je suis enfin une personne normale. Quand je vois une femme qui attire mon regard, je le dis à Dieu et cette expérience m’apprend à valoriser la femme, à ne pas la voir comme un objet sexuel. Je l’admire beaucoup, la femme est la plus belle expression du visage de Dieu.

Vous n’avez pas peur que vos supérieurs apprennent cela ?

Il faut bien comprendre que le célibat n’est pas un dogme de la foi mais une mesure disciplinaire et rien de plus. Le sexe n’est pas mauvais, tout comme ne l’est pas le mariage ou avoir une relation avec une femme. Jésus était célibataire, libre mais était un être sexué. Jamais il n’a refusé une relation avec une femme en tant qu’être humain. Lui voyait tout avec le plus grand naturel. En revanche, en ce qui concerne le sexe, l’église est encore très fermée. Jésus a choisi parmi ses disciples un homme marié et est allé vivre chez lui. Et pour finir de l’enquiquiner, il a choisi comme chef de l’Eglise catholique un homme marié, Pierre et connaissait son épouse. Lui n’a jamais dit  que pour le suivre il fallait être célibataire. Cela a commencé à être imposé par l’église catholique quand les enfants des prêtres, les parents et les évêques ont commencé à exiger des droits de succession. Cela faisait mal à l’administration ! Mais  en dehors de cela, je crois que ne va pas tarder le moment quand l’Eglise verra le célibat comme optionnel.

Il est dit que l’on s’habitue à tout sauf à ne pas manger. Vous habituez-vous aux menaces de mort ?

Oui, je me suis habitué. Elles sont secondaires, je n’ai pas peur parce que j’ai confiance en Jésus. Lui dit, je crois dans le Jean 8 :29 : « Celui qui m’envoya est avec moi ». Je sais bien que je ne suis pas « L’envoyé » mais je suis un envoyé et celui qui m’a envoyé est avec moi. Hier, j’étais à la Secretaria de Gobernacion (ndlr : Ministère de l’Intérieur mexicain) et ils m’ont dit : « Comme vous ne changerez pas ni n’arrêterez pas de faire des déclarations, nous devrons prendre des mesures de sécurité à la hauteur de votre attitude » (rires). C’est comme ça. Je ne changerais pas. Je me sens très heureux de servir la vérité. Le putain d’argent m’importe peu, je ne crois ni dans le pouvoir ni dans la célébrité.

Vous vous habituez aussi à avoir votre escorte comme des anges gardiens ?

C’est comme porter des lunettes. Soyons honnêtes, le jour où les méchants voudront me faire plier, ils le feront sans réticence. Et s’ils ne l’ont pas fait c’est parce qu’ils ne l’ont pas voulu. Je comprends que mes agents de sécurité personnels portent des armes lourdes et ont un entraînement spécial mais le jour où vraiment ils voudront me tuer, même 20 agents ne seront pas utiles. Pour cela, je les prends comme une mesure de respect et d’obédience à la communauté internationale qui me dit : « tu n’es pas le Messie, mais fait attention parce qu’on a besoin de toi ». Mais je n’ai pas peur qu’ils règlent mon cas. Je ne crois pas en la mort, ce n’est que le passage vers une autre dimension. Cette vie est magnifique et j’en profite mais celle qui vient est encore meilleure. Même si je ne veux pas être un martyre, elle est super bonne cette danse !

Quel est votre premier souvenir associé à un migrant ?

Lorsque j’étais dans la Paroisse de la Sainte Trinité à Juchitan (ndlr : dans l’état de Guerrero, centre-sud du Mexique). Quatre migrants très jeunes sont arrivés et ils m’ont dit : « Figurez-vous mon père, ils viennent de nous attaquer ». Je les ai emmené à l’endroit où ils avaient été attaqué avec ma voiture. J’ai découvert que ç’avait été des policiers et je les ai affronté. Cette vie a commencé comme ça. Je leur ai dit : « Ce que vous leur avez volé, vous devez le leur rendre ». Bien sûr ils ne l’ont pas fait, mais je les ai dénoncés à leurs supérieurs.

Et le refuge, comment est-il né ?

Il est né le 26 février 2007, alors que cela faisait un an que je donnais à manger sur les voies ferrées. Cela n’était pas suffisant parce que les migrants nécessitaient surtout de la sécurité. Un jour je donnais à manger d’un côté du train et de l’autre, ils étaient attaqués. Je change de côté et de celui où j’étais avant idem : attaques. C’était une farce. C’est pour cela que j’avais besoin d’un endroit où ils puissent rester, pour qu’ils ne restent pas comme des brebis sans berger.  Je suis honoré de les servir mais la cécité humaine m’indigne. Personnellement je ne sépare pas le monde entre les bons et les mauvais parce que nous sommes comme ils disent dans l’état d’Oaxaca, entremêlés. Je suis triste que les institutions n’aient rien fait pour former des êtres humains : j’en veux au PRI (ndlr : Partido Revolucionario Institucional, au pouvoir de 1929 à 2000 et de nouveau à partir de 2012, avec Enrique Peña Nieto), qui a été tant d’années au pouvoir sans rien faire pour former des personnes ; j’en veux au PAN (ndlr : Partido Accion Nacional, au pouvoir entre 2000 et 2012) parce qu’alors qu’ils se disent tant catholiques, ils n’ont pas fait un Mexique plus humain ; j’en veux à tous les partis qui sont corrompus, mais j’en veux aussi à l’Eglise catholique qui, malgré la force de son institution et son autorité morale, n’a pas su former des personnes. Parce que ne me dites pas que les policiers et les militaires qui ont déserté l’armée pour entrer dans le crime organisé (ndlr : ici, il s’agit du groupe armé Los Zetas, créé vers 2001 par des déserteurs de l’armée et de la police et qui recrute exclusivement dans ces cercles) ne sont pas catholiques ! Qu’ils ne me disent pas que les acteurs du capital financier, en commençant par Carlos Slim (ndlr : homme d’affaire mexicain dans les télécommunications, homme le plus riche du monde depuis plusieurs années), ne sont pas catholiques ! Comment peuvent-ils faire ce qu’ils font en étant catholiques ? Parce qu’ils ont été trompés, ils leur ont dit que la foi c’est la religion. Ça n’est pas vrai, la foi, c’est suivre Jésus. Mais eux font ce qu’ils font, vont à la messe et reçoivent peinards la bénédiction d’un évêque et lui filent même sa limousine.

C’est pour des déclarations de ce genre qu’ils ont dû vous faire sortir du Mexique. Comment ce sont passés ces jours hors du pays ?

Difficiles parce que le refuge me manquait mais je n’ai pas perdu mon temps. Je suis un missionnaire les 24 heures du jour et les 365 jours de l’année. J’ai refusé d’aller en Europe en tant que touriste. J’ai risqué ma vie et pour ça j’aurais droit à des vacances ? Non ! J’ai profité de l’espace que les associations internationales de la paix m’ont donné et je suis allé dans les parlements, les chambres de députés et de sénateurs qui m’ont écouté avec des taux d’assistance de 90%. J’ai demandé ce qu’ils font avec les migrants là-bas. Comme je l’ai dit hier à deux diplomates européens avec qui j’ai mangé : « Vous êtes des exemples en ce qui concerne les droits de l’homme des personnes tout court, mais je ne vous accepte pas pour les droits de l’homme en ce qui concerne les migrants ». Le Mexique est un pays qui fait semblant : il signe des traités internationaux et dit qu’il respecte les droits de l’homme, mais la vérité est qu’il les piétine.

En tant que critique de l’Eglise, que pensez-vous du cas de Marcial Maciel ? (ndlr : Prêtre mexicain très connu, fondateur d’associations, ayant tenu un rôle important dans l’Eglise catholique qui a été dénoncé et reconnu d’actes de pédophilie. Il a également eu une fille d’une relation. Il est mort en 2008)

C’était un pauvre homme dépendant, malade, un criminel mais également la victime d’un système qui ne s’est pas préoccupé de former des personnes, encore une fois. Il a été victime d’un système pourri par l’argent. Comment est-ce possible qu’ils n’aient pas vu la vie occulte de Maciel ? C’est clair qu’ils le savaient mais ils ne le disaient pas parce qu’il apportait beaucoup d’argent (ndlr : par le biais de ses associations). Il fallait sauver le putain de capital plutôt que de sauver des personnes. C’est terrible. Si j’étais un hiérarque de l’Eglise, je n’aurais pas l’âme administrative et donc je sauverais les personnes. Des fois, Dieu écrit droit sur des lignes tordues. Il dirait à ceux qui sont restés charge de son institut : « Comment vous sentez-vous ? » Ils répondraient : « Comme des cons ! Notre fondateur n’était pas un saint. Et maintenant, comment nous nous sauvons de ce stigmate ? » Il leur répondrait de fonder un nouvel institut, duquel eux-mêmes auraient été les fondateurs. Mais non ! Qu’on-t-ils fait ? Ils ont envoyé deux cardinaux de Rome pour cacher le soleil avec un doigt et sauver la raison sociale pour garder le pognon. Au Mexique, ça se passe comme ça, l’être humain n’occupe pas le premier niveau de l’investissement. Là-bas se trouvent la campagne mourante, les indigènes relégués, les refusés des universités, les ninis (ndlr : du phénomène apparu en Espagne : ni étudiant, ni travailleur).

Mais on va avoir un nouvel avion présidentiel ! (ndlr : La première action d’Enrique Peña Nieto lors de sa prise de fonction  a été d’acheter un nouvel avion pour plusieurs milliards de peso, plusieurs millions d’euros)

Oui, voilà les grandes contradictions. Nous ne comprenons pas notre propre drame. Nous nous offrons du luxe, comme si l’on faisait partie du premier monde (ndlr : nom donné aux pays riches, en opposition au tiers-monde).

Vous êtes d’accord avec la séparation de l’Eglise et de l’Etat ?

J’adore ! Ça doit être ainsi. Au Moyen-Age, l’église a volé de l’argent pour se transformer en un pouvoir. Mais grâce à Dieu, à la Révolution Française, à la Renaissance et à Benito Juarez (ndlr : président du Mexique lors de l’indépendance en 1810, responsable de la séparation de l’Eglise et de l’Etat) aujourd’hui l’Eglise est à sa place. L’Eglise n’a pas vocation à être une instance de pouvoir. Si seulement le Vatican pouvait cesser d’être un état pour se convertir uniquement en Saint-Siège.”

Le lien original de l’article: ici

Également sur Twitter: RomTlax.

jan 3

Feliz Año Nuevo!

Posté le 2013-01-03 dans Non classé

Bonne année 2013 à tous, profitez de la vie et lisez, lisez, lisez!

Hasta pronto!

Romain

déc 25

¡Feliz Navidad!

Posté le 2012-12-25 dans Culture, Traditions, histoires

Bonjour à tous,

Romain Ramène sa Science au Mexique vous souhaite un joyeux Noël et de très bonnes fêtes de fin d’année 2012.

Vous souhaitant une bonne année 2013, on se retrouve notamment avec une nouvelle série concernant les mythes et légendes pré-colombiennes du Mexique.

Et quelques images de la Navidad Mexicana.

marché de Noël

Marché de Noël
Marché de Noël
champagne et biscuits roses au menu!
champagne et biscuits roses au menu!

déc 21

21/12/2012: Le début d’un nouveau cycle alors?

Posté le 2012-12-21 dans Culture, Traditions, histoires

Bonjour,

Profitant que la fin du monde n’a finalement pas eu lieu, expliquons un peu le principe du 21 décembre 2012 selon les Mayas, par le CNRS, centre de recherche français. Une très bonne vidéo de quinze minutes qui explique le fonctionnement du calendrier maya et les quelques glyphes qui parlent de cette date. Bonne vision.

Mayas

A bientôt!!